La théorie de la stupidité de Bonhoeffer et la zone de génie
Pour fêter des vacances bien méritées après quelques grosses tempêtes, retour sur nos articles préférés, plus que jamais d'actualité ! Choisissez votre camp...
La théorie de la stupidité de Bonhoeffer
1. La théorie de la stupidité établit que, contrairement à ce que l’on peut penser, la stupidité, souvent sous-estimée, est bien plus dangereuse que le mal ou la méchanceté pure, non seulement parce qu’elle est plus difficile à combattre mais aussi parce qu’elle peut devenir un outil du mal.
2. Cette théorie a pour origine la réflexion et - malheureusement - l’expérience personnelle de Dietrich Bonhoeffer, philosophe et théologien protestant, résistant allemand, exécuté par les nazis le 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenbürg (Bavière).
3. Le mal est certes dangereux mais nous savons le plus souvent l’identifier et nous y opposer avec des mots, du débat, des manifestations… ainsi qu’avec des lois et les forces permettant de les faire appliquer. En revanche, nous sommes sans défense contre la stupidité. Avez-vous déjà vu des manifestations contre la stupidité ? Non, et pourtant, il y aurait de quoi faire !
4. La stupidité est plus insidieuse. Pour commencer, nous la minimisons car nous ne la prenons pas au sérieux. “Ce n’est pas si grave après tout si ces gens pensent que la Terre est plate. Tant qu’ils ne gèrent pas le système GPS !” Autre difficulté : les personnes stupides sont aveugles et sourdes à la raison, aux preuves… Enfin, elles peuvent devenir agressives et belliqueuses lorsqu'elles se trouvent poussées dans leurs retranchements, face à des faits irréfutables, en contradiction avec leurs croyances.
5. Le réel danger réside dans l’usage politique qui peut être fait de cette stupidité. Pour commencer, la stupidité n’a jamais empêché personne d’exercer le pouvoir, à quelque niveau que ce soit. Nous en avons déjà eu des exemples flagrants (is the “best” yet to come ?).
6. Mais surtout, la stupidité peut devenir un outil entre les mains de l’aspirant au pouvoir. A force de slogans, de répétitions d’idées simplistes, une personne peut perdre son esprit critique, son libre arbitre, sa “complexité” et se faire manipuler par son “leader”.
7. Pour finir, la stupidité n’est pas liée à un manque d’intelligence “congénitale”. Des être humains remarquablement intelligents peuvent devenir stupides, bornés… À l'inverse, des gens à l’intelligence moyenne peuvent être déterminés à conserver leur esprit critique et leur indépendance. Enfin, il semblerait que les phénomènes de groupe favorisent la stupidité. CQFD.
Le leçon à retenir
Pour une fois… vive la solitude !
Pour aller plus loin
La vidéo Bonhoeffer‘s Theory of Stupidity
Le livre After Ten Years: Dietrich Bonhoeffer and Our Times - Barnett, Victoria J. - Livres
"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" - Descartes
La zone de génie
1. La zone de génie désigne ces activités dans lesquelles se conjuguent nos talents naturels et notre plaisir, ce qui nous permet d’atteindre notre plein potentiel.
2. Ce concept a été développé par le psychologue américain Gay Hendricks, diplômé de Stanford et ancien professeur à l’Université du Colorado, dans son livre “The big leap” (“Le grand saut”) en 2010.
3. Gay Hendricks décrit quatre zones :
La zone d’incompétence : il s’agit de tâches pour lesquelles nous n’avons pas de compétences particulières et qu’il vaut mieux confier à d’autres personnes plus qualifiées.
La zone de compétence : nous savons effectuer ces tâches mais nous n’en tirons aucune satisfaction. D’autres peuvent les mener tout aussi bien que nous.
La zone d’excellence : nous sommes “bons” dans ces tâches (en tout cas, meilleurs que beaucoup d’autres) et nous en retirons un sentiment de confort et de maîtrise.
La zone de génie : nous mettons nos compétences, talents et dons naturels, au service de ce que nous aimons faire, et nous en retirons une énorme satisfaction.
4. Lorsque nous sommes dans notre zone de génie, nous menons nos tâches dans un état de concentration profonde et nous ne voyons pas le temps passer. Nous sommes dans le “flow”, ce concept décrit par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi comme l’équilibre entre nos capacités et le travail à accomplir.
5. Chacun a sa zone de génie propre puisqu’elle est étroitement liée à notre personnalité. Elle peut être difficile à identifier car il est parfois plus confortable de s’en tenir à sa zone d’excellence.
“The best moments in our lives are not the passive, receptive, relaxing times . . . The best moments usually occur if a person’s body or mind is stretched to its limits in a voluntary effort to accomplish something difficult and worthwhile.”
Csikszentmihalyi - 1990
6. Une fois notre zone de génie identifiée, il ne reste “plus” qu’à l’intégrer dans nos vies, par exemple en déléguant davantage les tâches relevant des trois premières catégories, à d’autres personnes les trouvant satisfaisantes.
7. Le fait de trouver notre zone de génie nous rend plus heureux, et peut aussi avoir un effet positif sur notre entourage professionnel et personnel, grâce à l’énergie dégagée et à l’incitation à découvrir chacun son propre génie…
La leçon à retenir
Certains ont le génie de la stupidité. Mais si, mais si, vous en connaissez… Je vais vous aider. Le prénom commence par un D et le nom, par un T.


