L’effet Cobra et la jobocalypse
Après un été plus mouvementé que prévu, "we're back" avec plein de nouvelles pépites... On y va !
L’effet Cobra
1. L’effet Cobra désigne ce phénomène par lequel la solution que l’on croit apporter à un problème, non seulement ne le résout pas, mais l’aggrave. Dommage !
2. Pourquoi “Cobra” ? Cette dénomination proviendrait d’une politique mise en place par le gouvernement britannique dans l’Inde coloniale, visant à réduire le nombre de cobras dans Delhi. Toute personne apportant un cobra mort devait recevoir une prime. Le problème ? Des petits malins se sont mis à élever des cobras pour pouvoir empocher plus de primes. Face à cet effet pervers, le gouvernement britannique revient en arrière et annule sa mesure… ce qui conduit les petits malins susmentionnés à relâcher dans la nature les cobras qu’ils avaient élevés mais qui ne leur rapportaient plus rien. Résultat ? Une invasion de cobras. Damned !
3. Car nous ne sommes qu’humains : face à la carotte ou au bâton, nous nous adaptons soit en fraudant (pas bien…), soit en nous concentrant uniquement sur ce qu’on nous demande d’améliorer, au détriment du reste, pourtant tout aussi important.
4. Un exemple simple : si un manager fixe un objectif précis à ses équipes, il est fort probable qu’elles fassent tout pour l’atteindre, même si cela implique de négliger d’autres aspects importants de leur job. Idem pour une maman promettant à sa fille de la laisser tranquille si elle a 15 de moyenne en maths… en oubliant de préciser qu’il fallait garder de bons résultats dans les autres matières. (“Toute ressemblance avec des faits existants…”).
5. Autre exemple plus complexe : en 1987, une taxe - la contribution Delalande - a été mise en place pour dissuader les entreprises de licencier leurs salariés de plus de 50 ans. L’effet fut inverse à celui recherché : les entreprises se sont mis à licencier “par précaution” leurs salariés approchant de l’âge fatidique. On n’était plus viré à 56 ans mais à 49. Grand progrès !
6. Alors comment éviter l’effet Cobra ? En imaginant et anticipant les comportements des acteurs impliqués et les stratégies qu’ils pourraient mettre en œuvre. Dans la réalité, cette réflexion n’est pas toujours assez approfondie ni même acceptée. Prévoir toutes les conséquences possibles, en particulier les plus négatives, n’est pas vraiment dans l’air du temps : “trop pessimiste”, “trop négatif”, “on ne peut pas savoir ce qui se passera dans deux ans, cinq ans”, “on n’a jamais essayé”…
7. La meilleure méthode ? Avant de se lancer, il est préférable de faire un test sur une petite échelle sans oublier de prévoir des mécanismes de contrôle. C’est ce qui nous permettra d’améliorer les dispositifs que nous voulons mettre en place et d’éviter de se retrouver dans des situations inextricables.
La leçon du jour
Vive les rabat-joie et les cassandre ! Réfléchir n’a jamais fait de mal à personne. Ça coûte peu et ça peut rapporter beaucoup.
Pour aller plus loin
Dans le genre “petites actions pour de grosses catastrophes”, le toujours délectable Fargo des frères Cohen (1996).
La jobocalypse
1. La jobocalypse (contraction de job et d’apocalypse) désigne ce scénario tant redouté où une grande partie des emplois humains disparaîtraient à cause de progrès technologiques très (trop ?) rapides.
2. Certes, l’expression n’est pas nouvelle - elle a commencé à circuler dès le début des années 2010 - mais elle prend une importance inédite avec la déferlement de l’intelligence artificielle dans tous les aspects de nos vies professionnelles. Plusieurs voix, et non des moindres, alimentent ces craintes :
Dario Amodei, le fondateur d’Anthropic, grand rival d’Open AI, prévoit une baisse de 50 % des emplois de “cols blancs” débutants d’ici 5 ans. Ce qui, selon lui, entraînerait une augmentation globale du chômage de 10 à 20 % (source : CNN).
Selon le cabinet Deloitte, 50 % des entreprises déploieront des agents AI d’ici 2027.
Près de 78 000 suppressions d’emplois ont déjà eu lieu dans le secteur de la tech au cours des 12 derniers mois (source : Final Round AI).
3. Les faits semblent conforter ces craintes. Aux Etats-Unis, le taux de chômage chez les jeunes hommes diplômés a augmenté et se situe entre 5 et 7 % pour les 12 derniers mois. Plus significatif encore, c’est la première fois que le taux de chômage est identique pour les jeunes hommes diplômés et non diplômés. Une première dans les statistiques du travail. Les symptômes avant-coureurs de la jobocalypse ?
4. Faut-il en conclure que les jeunes hommes diplômés, dont le profil était particulièrement prisé dans le secteur de la tech, figurent parmi les premiers “remplacés” de l’intelligence artificielle ? Pas si sûr car il pourrait simplement s’agir d’un effet de rattrapage après la période de surchauffe post-covid où ces profils étaient très fortement demandés.
5. Enfin, et surtout, il faut noter que cette hausse de l’inactivité ne se constate pas chez les jeunes femmes diplômées. Un phénomène qui s’expliquerait par la robustesse de la demande dans le secteur de la santé, actuellement plus féminin. Sur les 12 derniers mois aux Etats-Unis, près de 50 000 des 135 000 nouveaux emplois décrochés l’an dernier par de jeunes femmes diplômées l’ont été dans le secteur de la santé — plus du double de l’ensemble des postes supplémentaires attribués aux hommes diplômés, tous secteurs confondus (source : Financial Times).
6. Le secteur de la santé serait-il l’antidote à la jobocalypse ? Il est vrai qu’avec le vieillissement généralisé de la population mondiale, la demande s'accroît considérablement dans un secteur qui reste avant tout humain et difficilement automatisable.
7. Jobocalypse now ? Ces chiffres sont à prendre avec prudence. Difficile aujourd’hui d’en tirer des conclusions, dans un sens ou dans un autre. Le Forum mondial de l’économie se montre, lui, bien plus optimiste. Selon cette institution, l’IA menacerait bien 92 millions d’emplois d’ici 2030, mais en créerait aussi 170 millions dans la même période, soit un gain net de 78 millions !
La leçon à tirer
Alors, petite ou grosse vague ? Si vous voulez y voir plus clair sur votre emploi, vous pouvez tester les outils qui prédisent votre risque de remplacement, fonction par fonction. A commencer par le bien nommé : jobocalypse.com.
Pour aller plus loin
*For Some Recent Graduates, the A.I. Job Apocalypse May Already Be Here,* New York Times
Why this leading AI CEO is warning the tech could cause mass unemployment, CNN
Robots Have Been About to Take All the Jobs for 100 Years, Louis Anslow and pessimist archives
How many jobs will AI eliminate? Nobody really knows, and here’s why, Fortune



