Les six petits dragons de Hangzhou et le microlearning
Les six petits dragons de Hangzhou
1. Les six petits dragons de Hangzhou – Unitree Robotics, DeepSeek, Game Science, BrainCo, Deep Robotics et Many Core – représentent la nouvelle génération de leaders chinois en matière d’IA. Ce terme est apparu en Chine à la fin de l’année 2024.
2. Ces six entreprises, chacune à l’avant-garde de son domaine, sont toutes implantées dans la ville de Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang, située à une centaine de kilomètres au sud de Shanghai. Désignée comme le “paradis sur terre” par Marco Polo, cette métropole se rêve aujourd’hui en Silicon Valley chinoise. Avec 12 millions d’habitants, elle connaît une croissance démographique fulgurante (200 000 nouveaux habitants en 2024). Il faut bien admettre que Hangzhou possède quelques atouts considérables :
Elle héberge l’université de Zhejiang, réputée pour son expertise technologique.
Elle a vu naître Alibaba, le géant chinois du e-commerce.
La province dans laquelle elle se situe, a été dirigée par un certain Xi Jinping de 2002 à 2007, avant qu’il ne devienne le président du Parti communiste chinois.
3. Star de ces dragons de Hangzhou, la startup DeepSeek est devenue un phénomène mondial depuis la présentation en novembre 2023 de son modèle d’IA, dont les performances rivalisent avec les champions américains ChatGPT, Claude ou Gemini, pour un budget et une consommation énergétique 20 fois moindres. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement chinois érige DeepSeek en symbole de sa puissance technologique et en fasse l’épicentre de son éco-système d’Intelligence Artificielle.
4. Autre pilier de la dynamique de Hangzhou : la robotique dopée à l’IA, puisque deux des six dragons figurent parmi les leaders mondiaux de ce domaine :
Unitree Robotics : ce pionnier des robots quadrupèdes (ou robots-chiens) surfe sur l’engouement pour les robots humanoïdes. Ce marché est en plein essor avec des prévisions de croissance très élevées pour les années à venir : un chiffre d’affaires de 5 000 milliards de dollars en 2030 (source : Morgan Stanley) et près de 3 milliards de robots humanoïdes en circulation en 2060 (source : Bank of America).
Deep Robotics : autre fleuron de la robotique chinoise, cette startup se concentre sur les robots tout-terrain avec son produit phare : le robot lynx et ses capacités acrobatiques exceptionnelles.
5. Les trois autres dragons interviennent dans d’autres domaines :
Spécialiste de l’interface cerveau-machine, BrainCo se consacre à l’analyse de données neuronales.
Le studio de jeux vidéo Game Science est le concepteur de Black Myth: Wukong.
Créateur de logiciels de design spatial, Many Core est à l’origine de la plateforme de CAD (Conception Assistée par Ordinateur) Kujiale et de sa version internationale connue sous le nom de Coohom.
6. Cette ascension ne va pas sans frictions géopolitiques puisque certains de ces dragons sont clairement dans le viseur des autorités américaines. En septembre 2025, les départements de la Justice et du Commerce américains ont été saisis d’une demande d’enquête visant à déterminer si les données neuronales collectées par BrainCo n’étaient pas transmises à l’armée et au gouvernement chinois. Damned !
7. Hangzhou démontre la puissance d’un écosystème vertueux, structuré autour d’une métropole attirant les entrepreneurs, les investisseurs et les étudiants les plus brillants. Même les influenceurs se basent aujourd’hui à Hangzhou où ils seraient plus de 50 000 à vendre leurs produits en live streaming. En Chine comme aux États-Unis, en Europe ou ailleurs, ces écosystèmes agissant comme des aimants, constituent des leviers indispensables dans toute stratégie d’innovation ambitieuse.
La leçon à tirer
Je cherche, je cherche… Ils sont où, ces aimants, en Europe ?
Pour aller plus loin
DeepSeek researcher pessimistic over AI’s impact in startup’s first public appearance since success, Reuters
Unitree Robotics lance son processus d’introduction en Bourse, L’Usine Nouvelle
En Chine, des robots humanoïdes ont couru pour la première fois un semi-marathon, L’Usine Digitale
China’s DeepSeek releases ‘intermediate’ AI model on route to next generation, Reuters
Le microlearning
1. Le microlearning est une méthode d’apprentissage qui consiste à acquérir de nouvelles connaissances par petites unités, sous forme de modules courts, autonomes, disponibles en permanence.
2. Le microlearning trouve son origine dans un concept développé par le philosophe et psychologue allemand Hermann Ebbinghaus dès 1885 : la courbe de l’oubli. Le principe est simple : si nous ne faisons pas de révisions régulières, nous oublions très vite ce que nous avons appris. Ce déclin est extrêmement rapide :
On oublie en moyenne environ 50 % des informations dans l’heure qui suit l’apprentissage.
Après 24 heures, il peut ne rester que 20 à 30 % de l’information initiale.
3. Avec le microlearning, puisque les nouvelles connaissances à acquérir sont découpées en toutes petites unités, nous pouvons les réviser facilement et donc mieux les mémoriser au fur et à mesure. De plus, ces modules étant très courts, nous sommes plus à même de réussir à les “coincer” dans nos journées déjà bien compactes. Un peu comme ces bulles de squats ou de jumping jacks quand on n’arrive pas à aller faire du sport “sérieusement”... Autre avantage : il est plus difficile de procrastiner quand une tâche ne demande que quelques minutes et correspond à un besoin d’apprentissage précis.
4. Le microlearning peut prendre différentes formes :
Regarder une courte vidéo et répondre à des questions.
Jouer à un jeu en ligne conçu pour enseigner une tâche spécifique.
Lire un résumé et répondre à une courte série de questions.
Utiliser des cartes mémoire pour se préparer à un quiz.
Participer à une simulation basée sur des scénarios correspondant à la compétence à acquérir.
5. A la différence du microlearning, le macrolearning demande un plus grand investissement en termes de temps, mais permet aussi de traiter un large sujet dans son ensemble… comme à l’école ou à l’université.
6. Passons aux inconvénients, car il y en a. Cette méthode peut être contre productive lorsqu’il s’agit de s’attaquer à un sujet demandant une vision globale. Par ailleurs, il peut être délicat de produire des contenus courts et pertinents sur une matière dense car il faut un haut degré d’expertise pour être capable de transformer des connaissances complexes en modules courts, facilement compréhensibles. Souvenons-nous de Blaise Pascal qui disait “Je n’ai fait cette lettre-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte”. Faire simple est souvent difficile.
7. Quelques idées de ressources disponibles gratuitement :
Logiciels tels que EdApp, Gnowbe ou 7taps…
Vidéos sur YouTube.
TED talks
La Khan Academy, gratuite, en plus de 50 langues, sur un très grand nombre de sujets
Applis telles que Duolingo
La leçon du jour
Chaque année scolaire devrait commencer par un rappel de la courbe de l’oubli de Hermann Ebbinghaus. Ca éviterait pas mal de frustrations aux élèves… et aux parents !




